Lettre de la fête de commémoration de Morgarten

Vous qui vous recueillez, rassemblés en Christ le Seigneur!

Aujourd'hui encore, on célèbre l'anniversaire et la mémoire de tous les loyaux Confédérés, nos bien-aimés ancêtres, qui, en vrais hommes, exposèrent leur corps et leur vie et versèrent leur sang chevaleresque pour sauver la patrie, chasser la tyrannie et conquérir légitimement l'état de liberté.

Il faut savoir qu'en l'an treize cent quinze après la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, le premier samedi après la Saint-Martin, les seigneurs d'Autriche se levèrent pour attaquer avec une grande troupe ce pays de Schwyz et se l'assujettir. Ils firent campagne vers Egueri sur le Morgarten, car ils avaient l'intention de venir dans ce pays.

Alors les gens du pays furent avertis, à Arth et sur la Letzi, par un seigneur de Huenenberg, qui donna l'avertissement suivant écrit sur une flèche: Alors résistez à Morgarten. Là-dessus, nos gens se mirent en marche, et ceux d'Unterwald les rejoignirent avec trois cents hommes, et ceux d'Uri de même, et hardiment, avec l'aide de Dieu, ils vainquirent leur ennemi et le pourchassèrent jusque dans le lac et en direction d'Egueri-Ville.

Et parmi les nôtres, sept tombèrent dont on ne sait pas les noms, mais Dieu les connaît, alors que d'Uri ils furent cinq hommes, car il y avait là le seigneur Henri de Hospental, le chevalier Kuonrad de Beroldingen, Rüedi Fürst, Kuonrad Löry et Welty Semann, alors que d'Unterwald il y eut Heini Wipfly et Peter im Dorf, de Stans: mais parmi les ennemis, quinze cents écuyers furent abattus, et trois cent cinquante nobles furent vidés de leurs selles.

Que Notre-Dame et tous les autres saints de Dieu nous aident à implorer et à prier pour que Dieu Tout-Puissant préserve notre chère patrie de tous les ennemis, protège de sa grâce tout ce qui nourrit et sert notre âme et notre corps, et maintienne en nous l'esprit de droiture de nos ancêtres.

Mais puisse Dieu Tout-Puissant se montrer miséricordieux envers ceux et toutes les âmes de ceux qui, pour l'honneur de Dieu, pour la sauvegarde de la foi chrétienne et pour le bien de toute la Confédération, ont péri dans des guerres étrangères et dans leurs propres guerres, et dont Dieu seul connaît les noms. Pour la consolation et le secours de ces âmes et de toutes les âmes de chrétiens, recueillons-nous et disons cinq Notre Père et Ave Maria pour conclure dans la sainte foi chrétienne.

Ecrit par P. Rudolf Henggeler, de l'ordre de Saint Bénédict (1940)